» Etre une femme photographe, ce n’est pas de tout repos !

Etre une femme photographe, ce n’est pas de tout repos !

Etre une femme photographe, ce n’est pas de tout repos !

Etre photographe, je dirais que c’est un métier de rêve. On rencontre plein de gens de tous les milieux, on voit des tas de paysages, on se retrouve dans des situations complètement hors du commun parfois.

Mais comme toute chose dans ce monde, ça a ses côtés négatifs.

Le « poids » de la créativité.

Personnellement, cela ne m’a jamais dérangé de porter tout un tas de trucs pour pouvoir capturer LA photo. Même si j’ai toujours été « pour » les photos les plus naturelles possibles niveau lumière, il arrive toujours un moment où tu dois quand même emmener différents objectifs, flashs, triggers, réflecteur, etc.

Ici, je vais toujours prendre l’exemple d’une couverture de mariage car c’est la plus longue et la plus connue de tous, mais c’est tout à fait valable pour tous les types de contrats.

Un objectif comme le 70-200mm, par exemple, pèse environ 1,5kg, et un objectif 50mm environ 200g. Ajoutez à ça le poids du boîtier : environ 1kg, un flash : environ 400g ; et bien sûr, les affaires personnelles.

Pour celles qui ne sont pas véhiculées, il faudrait aussi rajouter le poids de la peur de perdre du matériel en route ou sur terrain 😀

L’insécurité.

Qu’on se le dise, vivre dans un pays comme Madagascar, c’est avoir la peur incessante qu’un malheur puisse t’arriver à chaque coin de rue.

A un mariage, véhiculée ou non, lorsque tu as convenu d’une heure précise de fin de travail (heure, je dirais « décente » pour rentrer chez soi saine et sauve), et que pour X raisons, l’on te retient encore, tu peux déjà penser à ta chanson pour les funérailles.

A une séance personnelle, lorsque ton client choisit un endroit assez « chaud » et qu’il n’y a pas de « garde du corps », tu peux également choisir la chanson des funérailles.. de ton appareil photo.

Faire la différence entre la drague et l’opportunité d’un nouveau client.

Il y a quelque chose qui s’appelle « professionnalisme », et ça, beaucoup l’ont apparemment oublié (ou ne le connaissent pas du tout). Bien entendu, c’est valable pour tous les domaines.

Gars 1 : « Salut ma jolie. J’adore tes photos ! On fait connaissance ? Tu habites où ? Tu me prends en photo stp ?« 

Gars 2 : « Bonjour, j’aime beaucoup vos photos. J’aimerais faire un shooting pour un book personnel. Peut-on se rencontrer pour en discuter svp ?« 

Ce sont deux introductions complètement différentes.

Ce n’est pas tellement une question de vouvoiement, c’est une question de respect envers quelqu’un que tu n’as jamais rencontré.

Sans hésiter, tu rembarres Gars 1 dès le départ pour des raisons évidentes. Ce serait juste désolant (pour toi, mais pour lui également) si, au fond, il était vraiment prêt à t’engager en tant que photographe. Une question d’approche.

Petite parenthèse : par pitié, arrêtez de me demander où j’habite, je n’y répondrai pas. Surtout si c’est votre troisième question après les classiques « lu, sava ? » « news ?« 

Si vous voulez vraiment faire des photos, vous n’attendriez pas que je raconte mes « news » (alors qu’on ne se connaît absolument pas) ou que je dise où j’habite (alors qu’on ne se connaît absolument pas BIS) pour pouvoir introduire le fait de vouloir faire une séance photos. Vous savez, c’est comme faire du shopping : vous voyez une boutique qui a l’air de vous plaire, vous entrez dans la boutique, vous aimez les articles qui y sont ; s’il n’y a pas de prix, vous demandez directement à une employée et voîlà. Il n’y a pas besoin de lui faire les yeux doux, puisque  cet article que vous avez aimé, ne sera pas gratuit de toute manière.

Autres exemples :

« Alors, quand est-ce que tu me prends en photo ? »

« J’ai une idée de photo depuis longtemps, j’aimerais que tu sois la photographe »

« Préviens-moi quand tu feras ta prochaine séance, j’ai « juste » besoin de quelques photos de moi »

« Ah tu es photographe ? Tu peux me donner ton numéro stp ? On se parle sur Viber ou Whatsapp »

Juste une petite remarque : ce « juste » que vous insérez tout le temps dans vos phrases, ça me met JUSTE hors de moi. Il suffit que vous dites ça et moi, personnellement, je ne fais pas.

Les profiteurs.

Un inconvénient un peu plus général, puisque je pense qu’il n’y a pas que les femmes qui le subissent : les adeptes de la « PDP ».

Ex. : l’invité lambda lors d’un mariage qui te demande sans cesse que tu fasses une photo de lui (et soyons fous, ce n’est pas « juste » une photo qu’ils veulent, c’est 4 ou 5 ou 10 où ils ont l’air sexy et beaux, puisqu’à ce qu’il paraît, être pris en photo avec un appareil photo pro, ça rend beau, quelque soit le degré de mocheté initial), puis qui te demande comment il pourrait l’obtenir. La réponse générale est « Tu prendras ça chez les mariés quand je leur livrerai les photos » (comprendre : savoir attendre pour quelque chose que tu n’as pas spécialement payé). La plupart de ces « PDP » n’ayant pas la patience d’attendre que tu honores d’abord ton contrat avant de t’occuper de ses caprices, et surtout, ayant la flemme d’aller demander aux mariés en question, insisteront encore et feront tout pour que tu envoies leurs photos par mail ou par Facebook et, de préférence, le plus vite possible svp car il a un quota de racontage de vie sur Facebook.

Ce qui arrive ensuite, est bien dommage et triste. De mon expérience personnelle, aucun de ces « PDP » n’ont eu la gratitude de me mentionner en tant que photographe de ces foutues photos faites spécialement pour eux. Tu prends du temps pour les traiter, les exporter (ce serait trop déplacé de mettre ça dans le lot des photos à livrer ; les mariés, eux, n’auront aucune idée de ce qui s’est vraiment passé, ne sauront peut-être pas que cette série de photos de l’invité lambda est une demande spéciale, et penseront que tu as « juste » passé ton temps à faire ça au lieu d’immportaliser leur moment à eux. Une fois les foutues photos envoyées par e-mail ou par Facebook, la gratitude que tu en reçois n’est PAS TELLEMENT égale à la force d’insistance pour prendre ces photos au départ. Pour les uns, un simple « pouce », pour les autres, un « merci » très froid. Et le pire, c’est le silence, ça doit être la plus belle définition de « perte de temps ». Et, au final, tu découvres que l’invité lamda a mis ta photo en photo de profil, et se vante d’avoir un super look, d’être beau/belle, et tout ça, sans te mentionner en tant que photographe. Les « PDP », que je disais..  Bonjour la reconnaissance.

Le machisme.

Ben oui, il fallait bien que j’en arrive à ce point.

Les inconvénients d’être une femme photographe ne se situent pas uniquement au niveau du client, mais également au niveau de l’entourage (je parle bien sûr des collègues).

« Ah, c’est toi que le client a pris pour photographe finalement ? Ca doit être parce que tu es une fille !« 

« T’y arriveras ?« 

La tenue de travail.

Je ne serais pas un très bon exemple si je parlais de moi, car j’ai toujours tendance à m’habiller façon décontractée. Mais pour celles qui sont habituées à des tenues plus féminines dans la vie de tous les jours, le choix de tenue de travail est assez complexe. La chemise et le pantalon semblent être un bon compromis : cela n’attire pas l’attention sur soi, on sera à l’aise pour des prises de vues « acrobates » s’il le faut.

Personnellement, je n’ai pas encore vu de femme photographe travailler en mettant une jupe/robe, mais je ne demande qu’à voir 😀

La solitude.

C’est bien connu, les femmes aiment parler/discuter. Lorsqu’une femme se retrouve seule dans une couverture ou un reportage où elle ne connaît pas forcément tout le monde, la solitude est devenue sa seule amie. L’ironie.

Heureusement, la technologie nous permet de discuter avec des gens qui ne sont pas physiquement là.

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C’est d’ailleurs pour relever tous ces défis que j’ai décidé de devenir photographe (et pour bien d’autres raisons).

Toutes les photos sont la propriété de Nanouh Rahajason - © Décembre 2013 Created by Dream-Theme — premium wordpress themes. Up